janvier 21

Enfant difficile à table ? Et si c’était un trouble de l’oralité ?

Temps de lecture : 6 minutes

ton Enfant est « difficile » à table ? Et si c’était un trouble de l’oralité ?

Un trouble de l’oralité c’est quoi ?

J’interviewe Marine, orthophoniste libérale spécialisée dans les troubles de l’oralité qui m’a personnellement prise en charge (ainsi que ma fille) et aidé à changer mon rapport aux repas et au plaisir de manger !

Je te propose ici un court résumé de notre échange

Mon histoire et comment j’ai découvert ce qu’est un trouble de l’oralité

Depuis toute petite, j’ai toujours été considérée comme une enfant difficile à table, qui n’aime rien.

Je passe sous silence les guerres pluriquotidiennes avec mes parents qui s’inquiétaient de ne pas me voir manger « comme tout le monde ».

Dès le début de la diversification alimentaire, je recrachais déjà la banane écrasée proposée par ma maman.

Je suis devenue « celle qui n’aime rien » (ce qui est faux et abusif !)

Jusqu’à mes 37 ans, où j’en ai eu assez que les gens chez qui j’allais se cassent la tête pour s’assurer que je mange, que je n’incarne pas un modèle pour mes enfants.

Comment dire à un enfant de manger des crudités ou des fruits quand moi-même je n’en mange aucun !!

Et ce n’est pas un « caprice » ou du « chiquet » comme on peut le dire aux enfants. Si l’odeur d’une pêche me séduit, croquer dedans peut me donner des haut-le-cœur !

Alors j’ai voulu changer cela et je me suis renseignée sur le sujet.

J’ai découvert le terme de « troubles de l’oralité », mais il n’était décrit que pour les enfants !

J’ai alors contacté une personne formée sur le sujet près de chez moi, Marine, orthophoniste et je lui ai demandé si un adulte pouvait aussi avoir un trouble de l’oralité.

S’il n’est pas pris en charge et ancré, oui, il perdure à l’âge adulte !

Marine a donc relevé le défi de m’accompagner, moi, adulte, dans son cabinet habitué à accompagner les enfants face à leurs troubles de l’oralité !

J’ai voulu faire cet épisode de podcast pour faire connaitre ce qu’est un trouble de l’oralité et qui contacter pour être accompagnée.

Marine nous partage également ses astuces de professionnels pour reconnaitre ce trouble, et d’une manière générale retrouver du plaisir à table avec ton enfant !

Définition de ce qu’est un trouble de l’oralité

Ne fais pas comme moi, ne tombe pas dans le piège réducteur de penser qu’un trouble de l’oralité concerne le langage. Oui, c’est possible, mais pas que !!

Le trouble de l’oralité peut toucher tout aussi bien un bébé, un enfant ou un adulte !

Si cela peut effectivement concerner des troubles verbaux (cris, pleurs, babillage, bégaiement, etc.), cela concerne tout autant les troubles alimentaires fonctionnels ET sensoriels !

Un trouble de l’oralité alimentaire fonctionnel concerne tout ce qui à un rapport avec la fonction : mastication, succion, etc.

Un trouble de l’oralité alimentaire sensoriel impactera directement le plaisir de manger, le passage aux morceaux, l’alimentation sélective (une certaine couleur, une certaine marque etc.) Cela concerne également toutes les formes d’intolérances sensorielles : les étiquettes qui grattent, la difficulté pour couper les ongles, les cheveux, ne pas supporter les coutures des chaussettes etc.)

C’est finalement tout ce qui peut toucher aux sens.

Un enfant qui présente ces difficultés n’a pas nécessairement un trouble de l’oralité. Mais c’est un des signes, il peut donc être intéressant de faire faire un bilan.

Quels sont les signes d’un trouble de l’oralité ?

Ce qui peut mettre la puce à l’oreille, c’est le comportement de l’enfant à table :

  • L’absence de plaisir à manger, aux repas
  • Le fait que l’enfant n’ait pas faim
  • Que ton enfant ait des hauts le coeur devant certains aliments
  • Et qu’il présente une forte sélectivité (température, texture, gout, etc.)

Il y a une différence importante entre « je ne PEUX pas manger » et « je ne VEUX pas manger ».

Ne pas pouvoir manger indique qu’il y a une raison derrière, à comprendre si on veut dépasser le blocage.

Ne pas vouloir manger se rapproche de la néophobie alimentaire : Quand l’enfant avait l’habitude de manger l’aliment et cesse. Cela peut être lié à un contexte spécifique (en mange chez mamie, mais pas à la maison) ou par mimétisme (en mange à la maison, mais pas à la cantine, car les autres enfants disent que ce n’est pas bon : Réponse par mimétisme).

Finalement, quand l’enfant ne mange pas l’aliment de manière constante, il s’agit très probablement d’un trouble de l’oralité.

La néophobie alimentaire est normale dans l’évolution de l’enfant et temporaire, s’il n’y a aucun renforcement négatif qui intervient pour l’ancrer.

Le renforcement négatif autour des repas de ton enfant

Si ton enfant n’a pas de plaisir à manger, à partager un repas, c’est sans doute qu’il a associé « repas » et moment désagréable.

C’est mon cas. Je n’ai pas de plaisir à manger. Je ne connais pas réellement les « plaisirs de la bonne chère ».

Pourquoi ? Parce que la répétition des repas a ancré ces moments comme des moments de tension, de disputes.

Et c’est normal quand on y pense !

Les repas reviennent 3 à 4 fois dans la journée !

Toi, peut être que tu n’aimes pas les maths? La compta ? Repasser ?

Quand tu dois t’y mettre, tu traines des pieds, et tu le fais car tu y es contrainte…

Imagine quand il s’agit d’un moment qui se reproduit aussi souvent qu’un repas !

Il y a de quoi faire un ancrage négatif très rapidement !

L’influence de l’entourage dans le plaisir des repas

À cela viennent s’ajouter les remarques de notre entourage qui peuvent être très stigmatisantes et blessantes.

Tant pour ton enfant que pour toi, parent !

Quand on te fait remarqué que ton enfant a vraiment un appétit de moineau, qu’ill n’est pas ou trop gros, qu’il n’aime rien, que ce qu’il mange n’est pas bon pour sa santé… Cela vient réveiller tes propres peurs et craintes.

Et donc tu renforces les remontrances à ton enfant.

Et franchement, il s’en passerait bien car cela n’est rien d’autre qu’une couche supplémentaire de renforcement négatif autour des temps du repas.

De quoi un peu plus renforcer le sentiment négatif de manger…

Quand être difficile devient une revendication

Et tu le connais le piège des étiquettes! Je t’en ai parlé dans l’épisode 34.

À force de coller l’étiquette à ton enfant d’appétit « de moineau », d’enfant difficile à table, d’enfant qui « n’aime rien », le risque est grand qu’il choisisse d’en faire son élément différenciateur. Que cela devienne presque une revendication !

C’est en tout cas ainsi que j’ai réagi enfant, pour mieux vivre cette étiquette « enfant qui n’aime rien ». Et j’ai reconnu la même tendance chez ma fille, qui a également un trouble de l’oralité, qui aime se différencier de ses frères, des autres enfants par le fait qu’elle, elle n’aime pas les pizzas.

D’un élément qui nous fait honte, on en fait une fierté, par notre différence…. C’est un peu comme les phases d’affirmation de ton enfant (dont je t’ai parlé dans l’épisode 46 – autour du terrible two-)

Et crois-moi, tu ne veux pas cela pour ton enfant! Car c’est un ancrage puissant quand il devient identitaire…

4 astuces pour rendre les repas de ton enfant plus détendus !

Conseil N°1 : Refais découvrir le PLAISIR à ton enfant à table

Que ce soit pour accompagner ton enfant face à un trouble de l’oralité ou bien pour retrouver la bonne humeur à table, cela passe nécessairement par retrouver le plaisir d’être à table !

Et pour cela, le meilleur conseil est d’accepter de lâcher prise sur ce que ton enfant mange, comment il mange.

Ton objectif principal devrait être que ton enfant retrouve le plaisir du moment partager ensemble.

Pas le plaisir de manger. Le plaisir d’être ensemble à table, lors d’un moment.

Cela signifie prendre le temps de manger ensemble. Sans distraction (écran, musique, TV)

Pour faire de ce moment du repas en priorité un moment de reconnexion parent-enfant.

Que le moment soit agréable. Ensuite viendra la notion de « manger », mais elle est presque secondaire si tu désires sortir du cercle vicieux des repas familiaux chaotiques.

Car comme tout ce que je te partage ici, il est question de mimétisme pour ton enfant. De cohérence dans ce que tu attends de lui.

C’est en mangeant ensemble, en te regardant manger, que ton enfant apprendra le comportement de manger à table : quelle quantité tu manges, ce que tu manges, si tu bouges, etc.

Ne sous-estime pas le pouvoir du mimétisme et de la cohérence ! (je t’en ai parlé dans l’article sur la manipulation avec Fabien Olicard, mais également dans l’article autour du respect).

Conseil N°2 : Accompagne ton enfant à GOUTER

Apprendre à ton enfant à gouter un aliment est une étape hyper progressive et bien souvent on shunte des étapes primordiales pour accompagner l’enfant. Encore plus s’il présente un trouble de l’oralité, il est alors primordial d’y aller progressivement, si tu désires que ton enfant accepte l’aliment que tu proposes. Cela va de l’acceptation de l’aliment dans l’assiette à l’étape finale qui est d’accepter de l’avaler.

Marine conseille de découper les étapes, selon le rythme de l’enfant. Au début le premier pas consiste à suggérer à l’enfant d’accepter l’aliment qui pose problème à être dans l’assiette.

Rien que cela est déjà potentiellement un vrai challenge ! Tous les parents connaissent ce moment où l’enfant retire de son assiette ce qu’il n’aime pas : soit sur la table, soit dans l’assiette d’une autre personne. Il lui est déjà difficile d’accepter que cet aliment côtoie son assiette !!

Voici une proposition d’étapes progressives pour aider ton enfant à finalement gouter :

  • Tolérer l’aliment DANS l’assiette
  • Accepter de toucher l’aliment présent dans l’assiette
  • Bien vouloir porter l’aliment aux lèvres, pour le toucher de l’extérieur.
  • Accepter de poser l’aliment sur la langue, langue sortie de la bouche.
  • Tolérer de poser l’aliment sur la langue, bouche fermée
  • Accepter de le croquer
  • Pour enfin accepter d’avaler l’aliment

Tu le vois, gouter un aliment ce n’est pas simplement l’avaler, il existe une multitude de façons de se familiariser avec lui. Et accepter qu’à chaque étape, ton enfant ait le droit de le recracher. C’est lui offrir une sécurité quant à sa liberté.

C’est ainsi qu’il pourra oser et gouter !

Conseil N°3 : Cuisine avec ton enfant pour découvrir les aliments sans les manger

Une autre façon de « gouter » un aliment c’est de se familiariser avec lui sans le manger : en le cuisinant.

Ton enfant, impliqué dans le processus de la cuisine sera alors amené à le toucher, le pelé, le sentir par les mains, le nez. Se familiariser avec sa texture et gout, d’une autre manière qu’avec la bouche.

Cela induit également une meilleure compréhension de l’aliment, de la recette, du repas que tu proposeras à ton enfant !

Et garde bien en tête : cuisiner n’induit pas que ton enfant devra manger ce qu’il a participé à faire.

Laisse lui conserver cette liberté, pour qu’il retrouve du plaisir.

Sans liberté, il n’y a pas de plaisir possible !

Conseil N°4 : Revois l’installation à table de ton enfant

Marine partage un autre conseil : celui de revoir l’installation de ton enfant à table.

Pour que les repas soient synonymes de plaisir, il faut que ton enfant soit installé confortablement.

Imagine-toi pendant 30 minutes, à table, les pieds dans le vide.

Serais-tu parfaitement sereine pour te concentrer sur ton repas, et le plaisir d’être ensemble ?

Le fait d’avoir les pieds sans support dans le vide induit un inconfort inconscient !

Veille donc à ce que ton enfant, lorsqu’il est à table, ait un support qui lui permette de poser ses pieds.

Il sera ainsi dans une posture confortable où son attention ne sera pas perturbée par cet inconfort purement lié à une position !

S’il n’y avait qu’un conseil à retenir, pour que les repas avec ton enfant soient de nouveau agréable, troubles de l’oralité ou non, c’est de rechercher avant tout le plaisir pour ton enfant :

Recherche le plaisir des moments à table AVANT les notions de nutrition, les conseils de diététiques ou éducatifs.

Que le repas soit un moment centré sur le PLAISIR du moment passé ensemble, avant même qu’il soit question de manger.

Mon enfant est concerné par un trouble de l’oralité : Où demander de l’aide ?

Si tu penses que ton enfant pourrait être concerné par un trouble de l’oralité, le point de départ est ton médecin traitant ou le pédiatre de ton enfant.

Les professionnels qui pourront accompagner ton enfant le prendront en charge uniquement si tu disposes d’une ordonnance d’un médecin.

Tu dois donc commencer en parler avec lui. Il pourra alors t’orienter vers une orthophoniste ou psychomotricienne spécialisée dans ces troubles. Il peut également t’orienter vers une psychologue, afin de désamorcer de potentiels ancrages négatifs autour des repas.

J’ai personnellement trouvé les coordonnées de Marine, lorsque je me suis renseignée pour moi, à travers un site qui recensait les personnes ayant suivi une formation spécialisante dans les troubles de l’oralité. Il existe sans doute d’autres formations, mais c’est ainsi que moi, j’ai rencontré Marine, qui m’a accompagné, puis ma fille…

J’ai même retrouvé mon tout premier échange par mail avec Marine, quand j’ai fait des recherches pour moi-même (tu noteras que j’étais tellement désespérée de vouloir trouver une solution que j’ai écrit dès que je suis tombée sur ses coordonnées, alors qu’il était plus de 23h !)

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