juillet 17

Tu es grand maintenant

Temps de lecture : 8 minutes

tu es grand maintenant

Tu as sans doute déjà dit à ton enfant « Tu es grand.e maintenant » et tu ne vois sans doute pas en quoi cela peut être problématique…

Laisse-moi te montrer comment cette toute petite, et a priori innocente, phrase peut en réalité cacher des messages inconscients que tu aimerais pourtant éviter !

(Et comme d’habitude, après cette potentielle prise de conscience, je ne te laisserai pas sans solution !)

Moi la première il m’est arrivé de dire ces petites phrases que tu as probablement déjà entendues, déjà dites :

« Tu es grand.e maintenant, tu ne devrais plus avoir peur! »

« Tu es grand.e maintenant, tu ne devrais plus mettre de couches, tu ne devrais plus avoir d’accidents la nuit, tu ne devrais plus avoir de tétine, de doudou, etc. »

« Tu es un.e grand.e maintenant, tu vas aller à l’école ! »

Ou encore, à la naissance d’un frère ou d’une sœur : « Tu n’es plus un bébé maintenant, tu es grand.e! »

Soyons bien d’accord : Tu es pleine de bonnes intentions quand tu le dis.

Ce que tu penses faire en disant à ton enfant « tu es grand »

Quand nous disons que notre enfant est « grand », notre but est de justement le valoriser, le rassurer, le responsabiliser, l’encourager :

Valoriser ton enfant

Quand on dit à notre enfant de presque 3 ans qu’il grandit, qu’il va aller à l’école, dans notre esprit c’est pour le valoriser, marquer la différence avec un tout petit. Nous insistons sur le fait que notre enfant n’est plus un bébé.

Si la famille s’agrandit et que ton enfant devient l’aîné.e d’une fratrie, nous avons ce réflexe de le féliciter, de le mettre en avant, en insistant bien sur le fait qu’il devient responsable, que contrairement au bébé, lui est grand…

Encourager ton enfant

Quand tu dis à ton enfant qu’il est grand et devrait ne plus faire pipi dans une couche ou dans son lit, d’avoir une tétine, un doudou, ne plus avoir peur du noir, etc. L’idée est bien de l’encourager dans sa progression, d’encourager son évolution.

Tu le vois, nous cherchons par ce moyen à valoriser notre enfant, en le comparant à un stade plus jeune de son évolution. Nous mettons en avant ses progrès, ses capacités.

A priori, c’est donc plutôt positif tout cela !

Ce que ton enfant comprend par « tu es grand »

Tu t’en doutes, si je t’en parle c’est que la médaille des encouragements et de la valorisation du « tu es grand.e » a finalement 2 côtés… Et qu’il est possible que ton enfant n’entende pas le message de la façon dont tu le penses…

Tu sais, ce fameux changement de regard dont je te parle à travers chaque épisode !

Ton enfant n’a pas demandé à devenir grand

Envisage le fait que ton enfant ne cherche pas à grandir. C’est quelque part notre souhait en tant que parents que notre enfant grandisse : qu’il fasse ses nuits, qu’il parle, qu’il marche, qu’il s’habille seul, qu’il soit autonome…

Soyons honnêtes 2 minutes : Si nous souhaitons que notre enfant soit un « grand », c’est pour qu’il acquiert de l’autonomie et par voie de conséquence, que nous retrouvions un peu de temps pour nous !

Dans la majorité des cas, nos enfants ne nous demandent pas de devenir des grands.

Oui, ils demandent de l’autonomie et pouvoir décider par eux-mêmes : mettre ou non un pull, choisir la couleur de leur verre, etc. Mais dans les faits, ils ne nous demandent pas de devenir grand frère ou grande sœur (du moins pour les plus jeunes). Ils ne nous demandent pas de ne plus avoir besoin de la tétine ou de ne plus avoir peur du noir. Ils ne nous demandent pas (ou rarement!) d’enlever les couches et de faire sur le pot (pour ce dernier cas, oui cela arrive quand on est à l’écoute du corps de son enfant, et que l’on s’affranchit de la pression pour l’entrée en maternelle!)

Ce dont je veux t’aider à prendre conscience dans ce changement de regard, c’est que ton enfant n’a rien demandé : La volonté d’être un grand vient en général de l’adulte. Moins souvent de l’enfant… ou du moins pas sur les sujets pour lesquels nous le souhaiterions comme la continence, le sommeil, la participation à la vie de la maison…

Ton enfant peut souhaiter rester « petit »

Et si je pousse un peu plus loin, il y a également la possibilité que ton enfant souhaite rester « petit », ton « bébé ».

devenir grand frère ou grande soeur

Cela peut assez facilement se comprendre si je prends l’exemple du « tu es grand » lorsque ton enfant devient l’aîné.e et que vous accueillez un nouveau petit bébé.

Un bébé requiert de l’attention à chaque instant. Quel enfant voudrait volontairement devenir grand, sachant qu’être un bébé signifie avoir l’attention permanente de papa et / ou maman ! Car devenir grand signifie alors ne plus être un bébé… Et par voie de conséquence, ne plus avoir besoin d’autant d’attention !

Il est donc normal et logique qu’un enfant ne se réjouisse pas de « devenir un grand » quand cela signifie céder sa place, celle au centre de l’attention pour un autre… Ceci est d’autant plus vrai à l’arrivée d’un second enfant, car ton aîné passe alors du stade l’enfant unique, où tous les regards et attentions sont tournés vers lui, à celui de « grand », et laisser place au bébé…

Il n’est donc pas rare, ni illogique, qu’un enfant refuse de devenir un grand et, au contraire, débute une phase de régression!

Après tout, s’il reste un bébé, il bénéficiera de l’attention qui va avec ! Même si finalement il n’obtient pas l’attention positive qu’il espérait. (Pour aller plus loin sur cette notion d’attention positive et négative, je t’invite à lire l’article que j’ai écrit à ce sujet.)

Ce processus de régression peut se retrouver également dans toutes les situations où tu encourages ton enfant à grandir alors qu’il ne le souhaite pas.

Aller à l’école et devenir « propre »

Par exemple, devenir grand, aller à l’école et ne plus mettre de couches.

Nous avons souvent tendance, en tant que parents, à associer les 3 éléments :

  1. Être un « grand »
  2. Aller à l’école
  3. Ne plus mettre de couches et aller aux toilettes pour ses besoins.

Les grands vont à l’école et pour aller à l’école il ne faut plus mettre de couche et aller aux toilettes…

La boucle est bouclée.

Sauf que si ton enfant ne souhaite pas devenir un « grand », il lui suffit de prendre les liens de cause à effet dans le sens inverse :

Pour rester petit, je ne vais pas à l’école et pour cela, je continue à mettre des couches ! CQFD !

Sans parler que cela associe l’idée d’école avec « être grand »… Et donc certains enfants peuvent refuser, être réticents d’aller à l’école dans l’espoir de rester petit, de rester le petit bébé d’amour dans le cœur de papa et maman…

Ce qui se cache derrière « tu es grand maintenant »

Tu le vois donc, il peut se cacher une différence énorme entre ce que tu penses en disant à ton enfant « tu es grand maintenant », et ce que lui perçoit de la situation, de ce statut de « grand » !

J’identifie 2 pièges à ces 3 petits mots innocents (en apparence) « Tu es grand » :

  1. Cette phrase créée malgré elle des Quiproquos et malentendus
  2. Cette phrase peut entraîner la négation des émotions de ton enfant

Quiproquo et malentendu : La faute aux Distorsions cognitives

tu considères ton enfant grand mais lui peut vouloir être petit

Dans l’épisode 4 du podcast « S’élever en même temps que son enfant« , j’ai commencé à t’expliquer ce que sont les distorsions cognitives.

Pour te rappeler le concept très brièvement, il s’agit d’un filtre à travers lequel tu vois la réalité. Ce que tu penses être la réalité n’est finalement vrai que pour toi. Une autre personne, et dans le cas dont je te parle, ton enfant, voit la même situation sous un tout autre angle, et il se peut que sa version des faits, de la situation diffère de la tienne. D’une même situation, vous ne vivez pas la même chose !

Dans le cas qui nous intéresse, le fameux « tu es grand maintenant », toi tu le vois comme une valorisation de ton enfant, de ses progrès. Un encouragement vers une nouvelle acquisition.

Ton enfant peut ne pas vouloir grandir. Comme je viens de te le partager il peut même, au contraire, ressentir le besoin et l’envie de rester « petit » !

La raison qui explique cette divergence de vues est une distorsion cognitive. Il en existe plusieurs, mais une des plus courantes est la projection, plus communément appelée la « lecture de pensée »…

D’une façon très simpliste, la lecture de pensée consiste à croire que l’autre (ici ton enfant) fonctionne comme toi, pense comme toi.

Or nous sommes tous uniques, nos façons de penser sont liées à notre éducation, nos vécus, nos croyances. Il y a autant de façons de penser qu’il n’y a de personnes sur Terre !

Donc quand tu penses valoriser ton enfant, l’encourager en lui disant qu’il est « grand », cela n’exprime que ta vision de la chose.

Quand ton enfant devient grand frère ou grande sœur, c’est TA perception des choses que de le considérer comme un « grand ».

Quand ton enfant va faire sa première rentrée en maternelle, c’est TA vision (ok… celle de la société aussi!) de cette étape de sa vie. Cela ne signifie pas qu’il se considère ainsi (ni qu’il le souhaite!)

Emotions de ton enfant niées inconsciemment

Le 2ème effet KissCool, c’est qu’être grand peut alors devenir une injonction pour ton enfant :

Il DOIT être grand et ne plus avoir d’accident la nuit. Il DOIT aller à l’école. Il DOIT ne plus avoir peur, ne plus avoir besoin de sa tétine, de son doudou, etc.

Par cette injonction, inconsciemment tu demandes à ton enfant de nier et refouler ce qu’il ressent : Sa peur de la nouveauté de l’école. Sa peur du noir.

Sans t’en rendre compte, tu peux induire un sentiment de honte et de culpabilité si ton enfant a un accident la nuit, dans la journée. S’il ne parvient à faire caca que dans sa couche.

Dire à ton enfant « tu es grand maintenant », reviens à museler son ressenti et son besoin (rester petit, avoir peur du changement, de l’inconnu, etc.)

Par quoi remplacer « tu es grand » ?

Mais alors, par quoi remplacer cette petite phrase ? Tu penses peut-être même que je coupe les cheveux en 4 et que décidément, on ne peut plus rien dire ni faire, tout est sujet à décorticage!

Oui, je décortique, c’est vrai… Pour déconstruire nos vieux réflexes et automatismes et ainsi construire sur des bases saines… Je t’explique en détail le pourquoi, pour te permettre de trouver ta motivation interne et te permettre d’avoir un pourquoi fort qui fasse de la place pour le changement de parentalité que tu souhaites (tu te souviens, ce fameux moteur interne avec le POURQUOI, je t’en parle régulièrement : dans l’épisode 11 : Pourquoi et comment dire NON à ton enfant, dans l’épisode 8 concernant la place des punitions dans la Parentalité Bienveillante et l’épisode 9 à propose de la fausse croyance comme quoi les enfants élevés dans la Bienveillance respecteraient moins les règles…

Oui, on décortique, pour pouvoir mieux changer de regard et pouvoir s’ouvrir à de nouvelles possibilités!

J’en viens aux faits! Par quoi remplacer le « tu es grand » afin d’éviter la projection de ce que nous pensons et éviter de nier les émotions et ressentis de notre enfant ?

Pouvoir, Responsabilité, Rassurer, Permission

Et bien en lui posant la question et en lui laissant le choix !

C’est aussi simple que cela 🙂

Car finalement « tu es grand.e », c’est une étiquette que nous voulons positive… mais qui peut être perçue par ton enfant comme négative…

Au lieu de rendre ton enfant « passif » à cette étiquette, propose-la-lui. S’il l’accepte, très bien, vous êtes sur la même longueur d’onde.

S’il ne la comprend pas ou la refuse, creuse la question avec lui pour comprendre sa vision des choses, son besoin, ce qu’il ressent !

Si je reprends mes exemples, cela peut être :

rassurer et responsabiliser

Tu as un petit frère, une petite sœur, qu’est ce que tu en penses ? Toi aussi tu as été un tout petit bébé… et tu veux que je te dise un secret ? Tu resteras toujours dans le cœur de papa et maman leur petit bébé, même quand tu grandis ! Tu grandis et en même temps tu restes le bébé de Papa et Maman dans leurs cœurs. Tu es les 2. Lequel tu préfères toi ? (Ce n’est qu’une suggestion, c’est naturellement à adapter à l’enfant, au moment, à la situation! Tu es la personne la mieux placée pour connaitre ton enfant)

Dans ma proposition, tu le vois, je te propose de rassurer ton enfant en lui expliquant que, même s’il grandit, même si un bébé entre dans la famille, il reste, s’il le souhaite, le bébé de papa et maman dans leurs coeurs.

En lui posant la question de ce qu’il préfère : être un grand ou un bébé, je te propose de donner le choix à ton enfant, tu le responsabilises sur ce qu’il souhaite être. Ici ce n’est pas « responsabilité » dans le sens d’obligations et de charge qui lui incombe. Mais plutôt de pouvoir de décision de ce qu’il souhaite être.

pouvoir et permission

Aller à l’école, avoir peur du noir, ne pas vouloir se séparer de sa tétine, de son doudou. Ne pas arriver à se retenir la nuit, ou se passer de couches…

Autant de situations où l’on dit à notre enfant qu’il est « grand » lorsqu’il franchit ce cap.

Dans ces cas là, je te propose de laisser le choix à ton enfant et surtout d‘accueillir son ressenti, ses émotions.

Accueillir les émotions de ton enfant c’est lui donner la « permission » de ce qu’il ressent :

Tu as le droit d’avoir peur du noir, je te comprends. Qu’est-ce qui te fait peur dans le noir ?

Si ton enfant n’est pas en mesure d’exprimer la raison, tu peux l’aider avec des suggestions : ne pas voir, entendre plein de bruits, etc. En fonction de ce qui cause sa peur, tu peux adapter les solutions proposées : veilleuse, porte ouverte pour entendre les bruits de vie de papa et maman, histoire qui explique les bruits (monsieur le vent pour le vent qui souffle dans les volets par exemple!)

Tu veux aller à l’école ?

L’idée n’est pas de suggérer qu’il peut avoir peur de l’école… Autant éviter cette association d’idées! Mais au contraire, laisser ton enfant exprimer son ressenti :

Je comprends, tu ne connais pas encore ce que c’est l’école, c’est tout nouveau pour toi. Et je comprends que cela peut être impressionnant et que tu veuilles rester *à la crèche * chez nounou *à la maison. C’est plus rassurant pour toi car tu connais…

Encore une fois, tout cela ne sont que des suggestions, je n’ai pas la prétention de te dire la bonne façon de faire avec ton enfant !

Selon la réaction de ton enfant et de ce qu’il te livre sur ce qu’il ressent, pense, tu peux essayer de trouver des pistes : le rassurer sur la routine qui s’appliquera les jours d’école (la routine sécurise énormément les enfants, les journées deviennent prévisibles). N’hésite pas à aller dans les détails pour arriver jusqu’au moment des retrouvailles et de ce que vous pourrez faire ensemble. Cela peut être de se créer un lien entre vous pour qu’il puisse se rassurer en ton absence (via doudou, le bisou secret, un bracelet en commun, etc.)

Que ce soit pour la peur de la nouveauté comme l’école, la peur du noir, de quitter doudou, tétine, d’avoir des accidents de nuit ou en journée, l’idée que je te propose d’adopter est toujours la même : Accueillir les émotions de ton enfant, lui expliquer qu’il a le droit (la fameuse « permission ») de ressentir cette peur, de ne pas encore être « prêt.e » à ce changement. Et le rassurer sur le fait que ton enfant en sera capable (le pouvoir) quand il sera prêt, quand son corps et sa tête seront prêts.

conclusion

Pour conclure, tu le comprends, l’important est de t’assurer que toi et ton enfant êtes sur la même longueur d’onde, en ne lui imposant pas d’être grand.

C’est prendre conscience de la possible distorsion entre ce que tu penses, et ce que vit ton enfant.

Mais de le questionner autour de son évolution. Comment ton enfant se perçoit ? C’est accueillir ses émotions, le rassurer si le changement met un peu plus de temps. Et l’autoriser à rester « petit » afin qu’il se sente en sécurité avant de se lancer… C’est exactement comme le maternage proximal, sauf qu’au lieu que ce soit par le contact physique, c’est à travers tes mots. C’est donner de la sécurité à ton enfant pour qu’il puisse mieux s’envoler par la suite !

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