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Accompagner un enfant à exprimer ses émotions : à partir de quel âge ?

Temps de lecture : 6 minutes

Pour ce 3ème Café Papote, j’ai reçu la question d’un papa concernant l’utilisation de mon guide gratuit, la Boussole des émotions. Il souhaite savoir à partir de quel âge peut-on encourager les jeunes enfants à exprimer leurs émotions et chercher un compromis ?

Ce papa a 2 petites filles de 3 ans et demi et 6 mois.

La demande : A quel âge un enfant peut-il exprimer ses émotions ?

« À partir de quel âge penses-tu qu’il soit possible d’utiliser – vraiment – avec des enfants la boussole des émotions ?

Nous essayons avec la “grande” de 3 ans 1/2 ce type d’approche pour, effectivement, limiter les crises notamment liées à la naissance de sa petite sœur, mais c’est encore très difficile de se fier à ce qu’elle nous dit, si le ressenti qu’elle nous exprime reflète vraiment la réalité.

Et en résultat, les efforts que nous faisons pour essayer de répondre à ses besoins sont rarement couronnés de succès.

Même chose pour le concept du compromis et de l’écoute du besoin de l’enfant dont tu fais référence dans tes podcasts (et que je partage totalement), à quel âge (environ) penses-tu que nous puissions nous y fier ?

Car aujourd’hui, si j’écoute les besoins de ma fille ainée, elle n’est jamais fatiguée, ne veut jamais aller se coucher, ne jamais se reposer… Alors qu’elle en a vraiment besoin…

et nous aussi !

Et au final, pas vraiment de compromis, si l’on ne veut pas lâcher totalement en sa faveur, c’est quasiment crise assurée…

J’imagine que ce n’est pas un apprentissage qui se fait du jour au lendemain, mais si tu as des astuces pour faciliter cet apprentissage (ou des références à certains de tes podcasts, car il y en beaucoup maintenant, je n’en ai écouté que qlq uns) je suis preneur ! »

Si je résume, la question se découpe en 2 parties :

  • À partir de quel âge peut-on utiliser la boussole des émotions avec un enfant ? Pour l’aider à les exprimer.
  • À partir de quel âge peut-on chercher un compromis avec l’enfant ? Car quand il est jeune, il campe sur ses positions, et le compromis revient à accepter sa demande initiale!

Ma vision de l’âge minimum pour accompagner un enfant à exprimer ses émotions et chercher un compromis avec lui

Quel âge pour exprimer ses émotions ?

La réponse que j’aurai tendance à faire, c’est de te dire que tu peux utiliser la Boussole des émotions dès le plus jeune âge… En le faisant pour toi-même !

Si tu ne connais pas le principe de la Boussole des émotions, il s’agit d’un guide en téléchargement gratuit que je propose sur mon site. Il t’aide à enrichir ton vocabulaire émotionnel, à décrypter les émotions et te propose des outils simples, concrets et faciles à mettre en œuvre pour aider ton enfant à revenir au calme, avec un support visuel sous la forme d’une boussole.

Pour être plus précise quand je te dis de l’utiliser toi-même, je ne sous-entends pas de demander à ton enfant de se situer sur la Boussole. Mais toi, de montrer à ton enfant, que tu ressens une émotion vive, de lui montrer sur la Boussole quelle émotion tu ressens, quel est son niveau d’intensité.

En faisant ainsi, tu rends visible ce qui est invisible.

iceberg représentant le comportement visible et les émotions et besoins dans la partie invisible de l'iceberg

Une émotion c’est invisible, ce que l’on constate, c’est le comportement qui en découle, les conséquences. En posant des mots sur ce que tu ressens, en montrant sur un support visuel, tu donnes un moyen supplémentaire à ton enfant de comprendre ce qu’est l’émotion en question.

Et grâce aux neurones miroirs, au mimétisme, tu permets à ton enfant de faire le lien avec ce qu’il connait, de ce qu’il vit lui aussi. C’est ainsi qu’il saura reconnaitre ses propres émotions.

En les reconnaissant chez toi, en les nommant devant ton enfant, tu l’accompagnes dans son propre apprentissage des émotions, tu lui permets de mieux comprendre ce qu’il vit.

Tu le vois, même si ton enfant te paraît encore jeune, tu peux l’aider à apprivoiser la notion des émotions en lui partageant les tiennes, en lui fournissant un support visuel et verbal.

Accompagner les émotions d’un enfant, c’est finalement un apprentissage qui commence dès le plus jeune âge, en passant par le parent.

Mon expérience

Mon plus jeune, Crapopoulos a eu 3 ans en Août 2021. Il est donc sensiblement du même âge que ta fille de 3 ans ½.

Je fais exactement ce que je viens de te partager : je lui explique mes émotions, je les nomme quand il me voit prête à exploser ou déjà en mode maman dragon. Et j’utilise un support visuel.

J’ai en décoration dans la salle de jeux un cadre que j’ai réalisé avec le jeu de Memory de la météo des émotions de Claire P. C’est une mosaïque des émotions et depuis tout petit je montre à mon enfant l’émotion que je ressens. Depuis qu’il a environ 18 mois / 2 ans, je l’invite à me montrer celle que lui ressent, en lui faisant des propositions.

tableau réalisé avec le jeu des émotions de clerpée

Ça tourne souvent autour de 2 émotions : tristesse et colère.

Maintenant, à 3 ans ½, cette habitude est prise et cela fait partie de son rituel de retour au calme. Quand le pic est passé et qu’il entame la phase descendante de l’émotion, il me demande de le prendre dans les bras pour “me montrer l’émotion”.

Il pointe alors du doigt la ou les émotion.s qu’il ressent.

Tu peux alors tout à fait utiliser les images qui composent la Boussole des émotions (Joie, Peur, Colère, Tristesse) pour partager tes ressentis à ton enfant, lui faire pointer l’émotion qu’il vit ou en lui faisant une suggestion de ce que tu penses qu’il est en train de traverser.

Donc tu le vois : Il n’y a pas d’âge, selon moi, pour permettre à ton enfant d’exprimer ce qu’il ressent. Au départ, il ne pourra pas te répondre. Ce sera à toi alors de lui apprendre en lui partageant ce que tu ressens, TOI. tu peux

Tirer tout le bénéfice des neurones miroirs et du mimétisme.

Exprimer ses émotions : Ajouter le geste à la parole grâce à la langue des signes LSF

Je t’encourage également, si l’idée te séduit, de coupler les mots et le visuel avec la langue des signes.

Cela permettra à ton enfant, s’il n’est pas encore avancé dans l’acquisition du langage, de communiquer ses ressentis.

Le besoin de communiquer de ton enfant n’est pas corrélé avec sa capacité à parler ! Cela arrive très tôt : 6/9 mois ! Et peut engendrer de grosses émotions de frustration de ne pas réussir à se faire comprendre.

La langue des signes est pour cela un super outil !

Si cela t’intéresse je te recommande vivement le compte de Marie Cao, alias littlebunbao sur Instagram. Mais également ses livres, et ses cours (dont un dédié aux émotions !)

infographie présentant les 3 ingrédients de l'expression des émotions : vocabulaire support visuel et langue des signes

Le combo gagnant selon moi :

Mot + Image + Signe

La recherche du compromis : À partir de quel âge ?

De la même façon que pour l’expression des émotions, je ne vois pas de limite d’âge concernant la recherche d’un compromis.

Bien entendu, on ne s’y prend pas exactement de la même façon quand il s’agit d’un bébé de 6 mois, qu’un enfant de 3 ans ½ ou bien encore plus grand !

Avec un bébé et jusqu’à peut-être 2 – 3 ans, la diversion est un excellent moyen de ne pas rentrer dans un conflit avec bataille d’Ego !

Le compromis, qu’il soit avec un tout petit ou un plus grand est toujours en lien avec la recherche du pourquoi :

  • Comprendre pourquoi ton enfant tient cette position
  • Comprendre pourquoi TOI tu tiens la tienne.

Concernant cela, je te renvoie à l’épisode de la semaine dernière, le Café Papote N°2 où j’aborde la question du refus catégorique d’un enfant.

La compréhension du pourquoi des 2 partis est essentielle pour pouvoir trouver un compromis.

Si tu ne connais pas les 2 extrémités d’une droite, tu ne peux pas en déterminer le milieu.

Mais je comprends le sentiment de difficulté face à des enfants en bas âge.

Cas concret d’une recherche de compromis : le sommeil

Je reprends ces mots de la question que m’a posée ce papa :

“Car aujourd’hui, si j’écoute les besoins de ma fille ainée, elle n’est jamais fatiguée, ne veut jamais aller se coucher, ne jamais se reposer… Alors qu’elle en a vraiment besoin

et nous aussi !”

Dans ce cas précis, sa fille lui dit ne pas être fatiguée pour aller se coucher.

Ce n’est pas son pourquoi. C’est une parade de contournement.

Elle ne veut pas aller se coucher. Certes. Mais cela ne dit pas ce qu’elle souhaite à la place.

Invite ta fille à aller plus loin. Fais-lui des suggestions, en proposant un choix multiple, car sinon le risque est grand qu’elle saisisse ta première hypothèse même si ce n’est pas réellement cela le problème.

Par exemple :

“Tu ne te sens pas fatiguée parce que tu as encore envie de faire quelque chose ? Ou bien est-ce parce que c’est en rapport avec ta chambre ?”

Pose tes questions, un peu comme si tu déroules un logigramme. Tu élimines les hypothèses les unes après les autres. Ta fille étant encore jeune (3 ans ½) il ne faut pas la noyer de possibilités, sinon cela sera trop difficile pour elle. Mais tes questions progressives vont accompagner sa propre introspection. Cela prendra plusieurs jours pour passer en revue toutes les hypothèses. Mais vous avancez ensemble dans sa compréhension d’elle-même. C’est cela aussi accompagner son enfant !

Mon expérience

Pour te partager ma propre expérience, nous avons traversé cette phase avec nos 2 grands. Je pense que nous la débutons également avec Crapopoulos !

Les causes étaient différentes pour mon fils et ma fille.

Chocapic était finalement jaloux d’entendre que nous avions une soirée, avec mon mari alors que lui devait se coucher. Il considérait que dormir était une perte de temps et voulait prendre ce temps pour jouer.

Ce que j’ai mis en place a été de lui expliquer le bénéfice du sommeil pour activer son moteur interne de la motivation :

Voir le sommeil comme une prise de courant sur lequel notre corps se recharge pour redémarrer la journée suivante sur les chapeaux de roue. Un peu comme sa voiture télécommandée. Si on ne charge pas sa batterie à fond, le temps de jeu sera réduit.

infographie illustrant le sommeil comme une prise de courant permettant au corps de se recharger

On a également parlé du fait que le sommeil est le moment pour le corps de se réparer et de grandir. Les adultes ne grandissant plus, nous avons moins besoin de dormir. Pour autant, je lui ai partagé que nous avions également besoin de plus de sommeil et admis notre erreur de ne pas assez dormir. Nous avons alors pris l’habitude de montrer à notre fils que de temps en temps, nous nous couchions juste après eux pour récupérer nous aussi. Qu’un corps adulte n’est pas exempt du besoin de sommeil… Bien au contraire !

Notre fille est du genre oiseau de nuit. Elle peut facilement veiller très tard et faire la grasse matinée le lendemain. Nous lui avons expliqué notre besoin qu’elle soit suffisamment reposée le lendemain pour être en forme. nous lui avons donné de l’autonomie rapidement sur l’heure du coucher en lui permettant de lire dans son lit, au calme et sans bruit pour ne pas perturber ses frères, avec une lumière tamisée pour envoyer un signal au cerveau qu’il était l’heure de dormir (on utilise pour cela des guirlandes lumineuses… C’est pour nous la bonne luminosité)

Le deal c’était qu’elle devait pouvoir se réveiller sans trop de difficulté le lendemain, quand le réveil sonnait.

Ce lâcher-prise a été bénéfique. Nous avons arrêté de nous focaliser sur l’heure de son coucher. Elle s’endormait finalement seule dans son lit, calmement.

Maintenant (depuis ses 4-5 ans) elle a un réveil simulateur d’aube pour l’aider à se réveiller. Mais aussi à s’endormir avec une fonction décroissante. J’en ai parlé dans l’épisode 16 concernant l’autonomie de l’enfant.

En résumé, à partir de quel âge ?

La recherche du compromis n’est pour moi pas à corréler avec l’âge de ton enfant.

L’âge de ton enfant fera que ton investigation pour comprendre son « pourquoi » te demandera plus d’effort, des suggestions, et prendra peut-être plusieurs jours ou semaines.

Mais l’âge de ton enfant n’est pas un frein pour la recherche du compromis.

Au contraire, plus ton enfant ressentira que son besoin est entendu et que tu cherches une solution constructive pour tout le monde, moins ton enfant aura le sentiment de devoir s’affirmer… Mieux ce sera pour tout le monde !

Si tu désires toi aussi me poser ta question, pour que j’y réponde lors d’un prochain épisode « Café Papote », tu peux te rendre sur ce lien afin de m’y laisser ta question de manière anonyme !

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