novembre 6

Comment prévenir le harcèlement scolaire : En aidant les deux enfants, victime et harceleur

Temps de lecture : 4 minutes

Dans le cas d’harcèlement scolaire, on s’attarde beaucoup (et c’est normal !) sur les enfants victimes.

Mais si on ne cherche à résoudre le harcèlement qu’à travers ce prisme, on passe à côté d’un levier puissant de la situation. Et donc d’un moyen pour agir et prévenir le harcèlement scolaire dès sa source.

Spoiler alert : agir contre le harcèlement scolaire commence bien avant qu’il ait lieu.

Et il concerne tous les enfants !

Comprendre le mécanisme du harcèlement scolaire pour mieux le prévenir

Harcelé et harceleur : deux faces d’un même déséquilibre

Le harcèlement scolaire, ce n’est pas une simple dispute ou une embrouille passagère. C’est une relation déséquilibrée, où l’un prend le pouvoir sur l’autre, et où ce schéma se répète. C’est cette répétition, ce rapport de domination, qui entraine la situation de harcèlement.

L’enfant harcelé est enfermé dans une posture de soumission : il se tait, il a peur, il perd confiance en lui-même.

L’enfant harceleur, lui, prend goût à une forme de pouvoir. Il se croit respecté par les autres, alors qu’en réalité il est craint. C’est un problème de confusion entre respect et crainte, que nous véhiculons nous aussi, adultes… Il cherche à se faire une place, à régler ses propres tensions internes en les projetant sur un autre que lui.

Ce déséquilibre et cette confusion entre respect et peur, je t’en ai déjà parlé dans l’article “Comment faire preuve d’autorité sans recourir à la peur et aux menaces.”

Domination, peur, confiance : les vraies racines du problème

Ce qu’on voit à l’école n’est souvent que le sommet de l’iceberg. La racine du harcèlement se joue dans les rapports de pouvoir qu’un enfant vit au quotidien : à la maison, dans une fratrie, avec un entraîneur, un adulte, un modèle.

Et souvent, à force de confondre respect et crainte, on transmet l’idée que « pour être respecté, il faut dominer ». C’est cette culture de la soumission, même involontaire, qu’on peut transformer à la racine.

Un enfant qui subit une forte pression dans un cadre de sa vie va chercher un exutoire ailleurs. C’est ainsi qu’un déséquilibre dans les relations de l’enfant. Et le risque, c’est que le harcèlement devienne pour lui une tentative (maladroite mais puissante) de reprendre un contrôle perdu.

En l’exerçant à son tour avec un autre : un frère /une sœur, un animal, un camarade etc.

comment aider un enfant harcelé : lui redonner du pouvoir

L’erreur classique des parents… et comment faire autrement

Quand on apprend que son enfant est embêté, voir harcelé, notre premier réflexe, c’est de prendre les choses en main : contacter l’école, alerter, vouloir protéger. C’est bien intentionné, mais ça peut avoir un second effet kiss cool beaucoup plus pervers : ça renforce notre enfant dans sa position de victime.

Exactement comme dans le triangle de Karpman : Victime / Bourreau / Sauveur.

Si tu veux en savoir plus, j’en ai parlé dans l’article “La résolution des conflits familiaux”.

Ce que vit ton enfant dans cette situation, c’est une perte de pouvoir. Une incapacité d’agir.

Et si, au lieu d’intervenir, on l’aidait à retrouver son pouvoir d’action ? Lui apprendre à dire non, à poser ses limites, à chercher du soutien au bon endroit.

Il ne s’agit pas de le laisser se débrouiller seul, mais bien de l’accompagner à se sentir capable, pas seulement protégé. Lui redonner sa voix, le guider pour qu’il ne se construise pas dans l’idée qu’il est impuissant.

C’est cela la clé pour aider un enfant harcelé : Lui redonner la possibilité d’agir. De dire “Stop”.

Cela a un impact direct sur sa confiance en lui.

Apprendre à se défendre (vraiment)

« Tu ne tapes pas. Tu ne pousses pas. Tu ne cries pas. »

Tu l’as déjà dit, non ? Moi aussi. Et c’est là qu’on envoie un message ambigu : tu ne dois pas être violent, mais alors, comment fait on pour se défendre ?

Certains enfants l’intègrent tellement qu’ils n’osent plus jamais riposter, même quand ils sont agressés.

C’est ce que j’ai connu avec mon fils ainé.

Quand je me suis étonnée qu’il ne se soit pas défendu quand il a été embêté, il m’a confié qu’il n’osait pas car “taper c’est interdit”.

J’ai alors compris à quel point cette nuance était importante à préciser aux enfants !

Prévenir le harcèlement scolaire, c’est aussi leur dire :

« Tu as le droit de dire stop. Tu as le droit de te défendre. Tu as le droit de réagir si l’autre dépasse les bornes. »

Je l’explique souvent : défendre ne veut pas dire attaquer. Et c’est aussi une nuance à transmettre à nos enfants. On ne frappe pas le premier, mais on a le droit de réagir si personne ne nous protège et qu’on est agressé.

briser le tabou : un enfant harceleur a lui aussi besoin d’aide

Non, ton enfant n’est pas « méchant »

On a tous déjà eu cette boule au ventre quand la crèche ou l’école nous appelle pour nous dire que notre enfant a tapé, mordu, etc.

Alors quand on apprend que notre propre enfant est à l’origine d’un comportement de harcèlement, c’est notre monde qui s’écroule…

On se demande :

« Mon enfant a tapé. Il embête les autres. Qu’est-ce que j’ai raté dans son éducation ? »

La vérité ? Aucun enfant ne naît harceleur.

C’est une alerte qu’il vit quelque chose qu’il ne sait pas exprimer autrement.

« Un enfant qui harcèle est un enfant en souffrance, qui envoie un signal d’alarme. »

Et souvent, notre première réaction en tant que parents, c’est la honte, la gêne, la culpabilité. Mais c’est justement ce poids émotionnel qui peut empêcher d’agir avec clarté. Car on va vouloir agir. Resserrer la vis ? Sévir ?

Un enfant peut devenir harceleur parce qu’il cherche à compenser. Il subit une pression (parentale, sociale, scolaire…) qu’il redirige vers un autre enfant. Il ne comprend pas toujours la portée de ce qu’il fait, mais il sent que ça lui redonne du contrôle.

Ce que son comportement dit de son vécu émotionnel

Souvent, un enfant qui harcèle a lui-même connu la domination. Il reporte sur un autre ce qu’il subit ailleurs. Il tente de reprendre la main sur un monde où il se sent diminué.

Un enfant peut aussi agir ainsi parce qu’il ne sait pas quoi faire de ses émotions. Et il explose vers l’extérieur. Cela ne rend pas son comportement acceptable, mais cela permet de comprendre et donc aussi de penser que son comportement est corrigeable !

Cela ne définit pas la personne qu’il est. Juste un comportement qui doit être redirigé.

Lui aussi a besoin d’aide. C’est une autre forme d’expression de souffrance, et cet enfant aussi a besoin d’écoute, d’attention et d’aide.

On ne nait pas méchant… C’est ce dont je t’ai parlé dans l’article où je décrypte les grands méchants des séries / films / livres.

Développer l’empathie, sans culpabilité est la clé pour accompagner un enfant qui harcèle.

Pas de morale. Pas de sermon. Plutôt des questions qui ouvrent une brèche :

  • Est-ce que toi aussi, ça t’est déjà arrivé d’être rejeté / moqué / humilié, etc. ?
  • Tu te sentirais comment si on te parlait comme ça ?

L’empathie, ça se cultive. Et ça peut changer le cours d’une relation.

C’est même la clé la plus puissance pour prévenir le harcèlement scolaire à mes yeux.

C’est aussi dans le quotidien qu’on muscle cette empathie : en laissant nos enfants réparer après un geste ou une parole qui blesse. Pas de punition, mais la responsabilisation.

Le rôle des parents pour prévenir le harcèlement scolaire

Prévenir plutôt que guérir. C’est ce en quoi je crois également pour les relations entre les enfants…

Et ça passe par le modèle que nous offrons à nos enfants.

Notre posture influence celle de notre enfant.

Un enfant ne fait pas ce qu’on lui dit : il fait ce qu’on lui montre. Si à la maison, le respect se gagne par la peur, si les cris sont la norme, si les émotions sont ravalées, c’est ce modèle qu’il reproduira.

Et c’est un terreau dans lequel pourrait se développer un comportement déséquilibré dans les relations de notre enfant, pouvant conduire à l’extrême à des situations de harcèlement scolaire.

Changer de posture, ce n’est pas devenir permissif. C’est devenir cohérent.

Si tu penses que tu as besoin de plus de concret, sache que je suis en train de finaliser un nouvel atelier :

Mon enfant tape, comment réagir ?

Et si cet article t’a parlé, pense à le partager à d’autres parents : c’est ensemble qu’on peut vraiment prévenir le harcèlement scolaire et y mettre fin !

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